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Le "tout instantané" et ses dérives

Mars 2017

Le mot "attendre", malmené dans notre culture, risque de tout bonnement passer à la trappe dans l’édition 2021 du Larousse (vous savez, cette pièce d’antiquité volumineuse en papier). WhatsApp, bien sûr que c’est génial. A la seconde, notre photo est transmise ou notre message envoyé n'importe où dans le monde. Mais peut-être pas le moyen de communication le plus poétique. Sans complexe, mais au contraire m’estimant chanceuse de ce côté-là, je suis indeed de la "génération vintage". Celle qui a connu le bon vieux téléphone avec un fil entortillé qu'on n'arrivait jamais à redresser (c’était très énervant d’ailleurs) et le cadran où il fallait (manuellement je précise, et patiemment) tourner chaque chiffre pour former le numéro complet. Il fallait un bon coup de poignet. L’époque où quand on appelait son petit ami, on tombait sur sa maman : "Il est parti et je ne sais vraiment pas quand il rentre". On s’empressait de lui demander de laisser un message (écrit, NDLR) pour qu’il nous rappelle dare-dare. L’intimité des conversations ? Au placard. Le téléphone trônait généralement dans le hall d’entrée ou dans le salon. La notion du temps avait une saveur particulière. L’attente faisait partie de notre vie au quotidien. Attendre pour un bon soufflé au fromage cuisiné avec amour par notre maman, attendre le moment magique où le téléphone allait sonner, décompter les jours avant le départ à la mer en plein mois de juillet… Aujourd’hui, attendre est devenu un supplice ! Les vacances à peine finies, on est déjà en train d’embrayer sur la prochaine destination. Tout s’enchaîne.

Aucun domaine n'est épargné : boulot, vie familiale, vie sociale, sport, activités. Le Yoga met en avant une idée centrale : celle de vivre le moment présent. Dans la posture. Laisser de la place pour ce qui est "hic et nunc" (ici et maintenant en Latin pour se rafraîchir la mémoire). Respirer. Observer notre état émotionnel, physique, mental. Nous laisser guider.

Le moment présent et l’instantané se regardent sans se comprendre. Notre société insatiable de l’instantané, du tout connecté et du multi-tasking outrancier nous met devant un défi : celui du temps volé et de notre insatisfaction permanente. On ne vit plus, on court. La patience et l’attente sont-elles si ringardes ? "La patience en toute voie, garde la clef de toute joie." a écrit le Français Louis Belmontet en 1861.

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